Publié par osee2 19 avril 2009
dans poeme
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O Kant, l’âne est un âne et Kant n’est qu’un esprit.
Nul n’a jusqu’à présent, hors Socrate et le Christ,
Dans l’abîme où le fait infini se consomme,
Compris l’ascension ténébreuse de l’homme.
A force de songer ton oeil s’est éclairci :
Plane plus haut encore et tu sauras ceci :
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Tout marche au but ; tout sert ; il ne faut pas maudire.
Le bleu sort de la brume et le mieux sort du pire ;
Pas un nuage n’est au hasard répandu ;
Pas un pli du rideau du temple n’est perdu ;
L’éternelle splendeur lentement se dévoile !
Laisse passer l’éclipse et tu verras l’étoile !
Le tas des cécités, morne, informe, fatal,
A l’éblouissement pour faîte et pour total ;
Le Verbe a pour racine obscure les algèbres
Les pas mystérieux qu’on fait dans les ténèbres
Sont les frères des pas qu’on fera dans le jour ;
L’essor peut commencer par l’aile du vautour
Et se continuer avec l’aile du cygne ;
Et, même par le mal, par les fausses leçons,
Par l’horreur , par le deuil, ô Kant, nous avançons.
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Victor Hugo
(L’âne)
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Publié par osee2 12 avril 2009
dans poeme

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Demain, dès l’aube, à l’heure où blanchit la campagne,
Je partirai vois-tu, je sais que tu m’attends.
J’irai par la forêt, j’irai par la campagne.
Je ne puis demeurer loin de toi plus longtemps.
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Je marcherai les yeux fixés sur mes pensées,
Sans rien voir au dehors, sans entendre aucun bruit,
Seul, inconnu, le dos courbé, les mains croisées,
Triste, et le jour pour moi sera comme la nuit.
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Je ne regarderai ni l’or du soir qui tombe,
Ni les voiles au loin descendant vers Harfleur.
Et quand j’arriverai, je mettrai sur la tombe
Un bouquet de houx vert et de bruyère en fleur.
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Victor Hugo
(3 septembre 1847)
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Publié par osee2 5 avril 2009
dans poeme

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CORRESPONDANCES
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La Nature est un temple où de vivants piliers
Laissent parfois sortir de confuses paroles ;
L’homme y passe à travers des forêts de symboles
Qui l’observent avec des regards familiers.
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Comme de longs échos qui de loin se confondent
Dans une ténébreuse et profonde unité,
Vaste comme la nuit et comme la clarté,
Les parfums, les couleurs et les sons se répondent.
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Il est des parfums frais comme des chairs d’enfants,
Doux comme les hautbois, verts comme les prairies,
- Et d’autres, corrompus, riches et triomphants,
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Ayant l’expansion des choses infinies,
Comme l’ambre, le musc, le benjoin et l’encens
Qui chantent les transports de l’espoir et des sens.
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Publié par osee2 29 mars 2009
dans poeme

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La mer est plus belle
Que les cathédrales,
Nourrice fidèle,
Berceuse de rales,
La mer sur qui prie
La Vierge Marie !
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Elle a tous les dons
Terribles et doux :
J’entends ses pardons
Gronder ses courroux…
Cette immensité
N’a rien d’entêté.
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Oh ! si patiente,
Même quand méchante !
Un souffle ami hante
La vague, et nous chante :
« Vous sans espérance,
Mourez sans souffrance ! »
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Et puis sous les cieux
Qui s’y rient plus clairs,
Elle a des airs bleus,
Roses, gris et verts…
Plus belle que tous,
Meilleure que nous !
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VERLAINE
(Bournemouth, 77)
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Publié par osee2 22 mars 2009
dans poeme

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Pâle espionne de l’Amour
Ma mémoire à peine fidèle
N’eut pour observer cette belle
Forteresse qu’une heure un jour
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Tu te déguises…A ta guise
Mémoire espionne du coeur
Tu ne retrouves plus l’exquise
Ruse et le coeur seul est vainqueur
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Mais la vois-tu cette mémoire
Les yeux bandés prête à mourir
Elle affirme qu’on peut l’en croire
Mon coeur vaincra sans coup férir.
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Apollinaire
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Publié par osee2 15 mars 2009
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Ce monde est un brouillard, presque un rêve ; et comment
Trouver de certitude en ce gouffre où tout ment ?
Oui, Kant, après un long acharnement d’étude,
Quand vous avez enfin un peu de plénitude
Un résultat quelconque à grand frais obtenu,
Vous vous sentez vider par quelqu’un d’inconnu.
Le mystère, l’énigme, aucune chose sûre.
Voilà ce qui vous boit le pensée, à mesure
Que la science y verse un élément nouveau ;
Et vous vous retrouvez avec votre cerveau
Toujours à sec au fond des problèmes funèbres.
Comme si quelque ivrogne effrayant des ténèbres
Vidait ce verre sombre aussitôt qu’il s’emplit.
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O vain travail ! science, ignorance, conflit !
Noir spectacle ! un chaos auquel l’aurore assiste !
L’effort toujours sans but, et l’homme toujours triste
De ce qu’est le sommet auquel il est monté,
Comparant la chimère à la réalité,
Fou de ce qu’il rêvait, pâle de ce qu’il trouve !
Victor Hugo
(L’âne)

Publié par osee2 8 mars 2009
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ANNIE
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Sur la côte du Texas
Entre Mobile et Galveston il y a
Un grand jardin tout plein de roses
Il contient aussi une villa
Qui est une grande rose
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Une femme se promène souvent
Dans le jardin toute seule
Et quand je passe sur la route bordée de tilleuls
Nous nous regardons
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Comme cette femme est mennonite
Ses rosiers et ses vêtements n’ont pas de boutons
Il en manque deux à mon veston
La dame et moi suivons presque le même rite
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Apollinaire

Publié par osee2 1 mars 2009
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L’anémone et l’ancolie
Ont poussé dans le jardin
Où dort la mélancolie
Entre l’amour et le dédain
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Il y vient aussi nos ombres
Que la nuit dissipera
Le soleil qui les rend sombres
Avec elles disparaîtra
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Les déités des eaux vives
Laissent couler leur cheveux
Passe il faut que tu poursuives
Cette belle ombre que tu veux
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Apollinaire

Publié par osee2 22 février 2009
dans poeme

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Une croûte assez laide est sur la cicatrice.
Jeanne l’arrache, et saigne, et c’est là son caprice
Elle arrive, montrant son doigt presque en lambeau.
- J’ai, me dit-elle, ôté la peau de mon bobo.
Je la gronde, elle pleure, et la voyant en larmes
Je deviens plat. – Faisons la paix, je rends les armes,
Jeanne à condition que tu me souriras
Alors, la douce enfant s’est jetée en mes bras,
Et m’a dit, en son air indulgent et suprême :
- Je ne me ferai plus de mal, puisque je t’aime.
Et nous voilà contents, en ce tendre abandon,
Elle de ma clémence et moi de son pardon.
L’art d’être grand-père
Victor Hugo
25 juin 1875

Publié par osee2 15 février 2009
dans poeme

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Sur l’onde calme et noire où dorment les étoiles
La blanche Ophélie comme un grand lys,
Flotte très lentement, couchée en ses longs voiles…
On entend dans les bois lointains des hallalis.
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Voici plus de mille ans que la triste Ophélie
Passe, fantôme blanc, sur le long fleuve noir.
Voici plus de mille ans que sa douce folie
Murmure sa romance à la brise du soir.
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Le vent baise ses seins et déploie en corolle
Ses grands voiles bercés mollement par les eaux ;
Les saules frissonnants pleurent sur son épaule,
Sur son grand front rêveur s’inclinent les roseaux.
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Les nénuphars froissés soupirent autour d’elle ;
Elle éveille parfois, dans un aune qui dort,
Quelque nid, d’où s’échape un petit frisson d’aile ;
- Un chant mystérieux tombe des astres d’or.
Rimbaud
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